Boire un petit coup c’est agréable.
Aller dans un bar en France se résume bien souvent à la même expérience un peu triste dictée par le fantasme bourré de testostérone de la boisson d’homme, un ensemble composé de la seule bière (pas blanche, c’est pour les fillettes) en pintes (les demi c’est pour les impuissant) et le vitriol pomme-betterave qui rend les gens aveugles. On notera au passage l’absurdité qui classe la bière, boisson autrement plus proche de l’eau que de l’alcool, aux cotés des détergents titrant à 80% distillés dans des caves glauques à partir de tout ce qui est disponible dans un rayon de 100m autour de l’alambic. Des débouches chiottes consommés à prix d’or dans des troquets insalubres, le fait de boire dans un endroit classe étant assimilé à l’expression la plus claire de la petitesse de la virilité, le tout autour d’une table désespérément vide. Deux bols de cacahuètes traînent parfois sur un comptoir, soit disant pour accompagner la bière, bien plus probablement pour faire joli puisqu’après les crachats de vieux édentés saouls et les doigts de manoeuvres ayant traînés toute la sainte journée dans ces fameux bols, personne n’ose s’en approcher. L’alcool aidant, des défis naissent et c’est ainsi que ces verres se vident, et que les vendeurs de pastille contre les maux d’estomac font fortune.
Quand aux happy hour, leur concept est d’une platitude incommensurables. C’est dans le meilleur des cas l’occasion de boire une bière à moitié prix. Une manière comme une autre de remplir les bars entre 18 et 21h, mais dont la faiblesse de la formule laisse dubitatif.
Il faudra prendre le tunnel du Fréjus pour découvrir ce qu’aller dans un bar en fin d’après midi début de soirée veut dire. Outre la joie de pouvoir consommer sans honte dictée par des impératifs sociaux absurdes autre chose que de la bière, on constate avec plaisir que les barmans sont rompus à la confection de cocktails, qu’ils sont capables d’en citer une bonne vingtaine de mémoire et comble du raffinement qu’ils ne sont pas obtus au point de refuser toute commande non disponible sur la carte. Quand à la notion de boisson d’hommes, elle prend un sens tout relatif lorsque l’on est confronté à un Negroni, un cocktail composé de Gin (40%), Martini rouge (16%) et Campari (25%) dans des proportions égales, où un mojito (boisson qui se résume à rhum —beaucoup— menthe —beaucoup aussi— sucre et glace). Les tarifs de ces plaisirs alcoolisé fait honte à nos pinte de Kro pression, puisque l’on peut se les envoyer derrière la cravate pour 4€ l’un.
Et comble du plaisir, ces aperitivi (pluriel de aperitivo, tout comme panino est le singulier de panini), qui ne sont appelés Happy Hour que par des bars hype, proposent tous sans exception un buffet froid et chaud sur lequel se côtoient pâtes, pizza, fougasse, sandwich, salade et autres antipasti. Double avantage pour cette formule : d’un coté manger sur place à tendance à faire oublier l’heure et à la troisième tournée on commence à se contrefoutre du prix du cocktail, de l’autre le client s’en retourne la panse tendue et le foie imbibé.
Même le Georges 5 ne traite pas ses clients aussi bien.