Fumetti, bande dessinée, deux combats.
La bande dessinée est franco-belge. On n’a jamais entendu parler dans notre douce contrée de bande dessinée tchèque ou camerounaise. La bande dessinée, ce 9ème art, est pareille aux fines herbes, à l’ail et à la crème fraiche du Rondelé : bien de chez nous. Les produits importés sont eux qualifiés de comics, manga ou encore déchets envahissants. C’est sans compter sur la fourberie de certains éditeurs qui depuis des dizaines d’années s’échinent à faire pénétrer sur notre territoire national les productions étrangères, dans le simple but de niveler par le bas un secteur amené durement à la très haute qualité culturelle qu’on lui connaît grâce aux Tintin, Astérix et autres Titeuf. Ces saboteurs infiltrés font rentrer dans le plus beau pays du monde les atrocités sans nom que sont ces soit-disant œuvres comme Calvin & Hobbes ou Bone, et vont même parfois jusqu’à éditer pour la première fois sur des presses françaises depuis 3 générations des horreurs étrangères qui dormaient bien sagement dans des cartons à juste titre. On citera Blacksad (une horreur espagnole),
Les auteurs italiens sont sans aucun doute parmi les plus fourbes de tous. Car non content d’être présent dans l’exagone depuis très longtemps au point de nous faire oublier que Hugo Pratt et son Corto Maltese sont aussi français que Depardieu est légitime lorsqu’il s’agit de parler des pâtes barilla, ils envahissent petit à petit le domaine de la bande dessinée grand-public-avec-des-héroïnes-à-gros-nichons, sans doute portés par le succès de Serpieri et de Druuna, avec des titres comme Barbucci. Loin de se contenter de pervertir les esprits innocents de notre belle jeunesse française, ceux-ci tentent aussi d’endoctriner les plus jeunes en répandant de ce coté-ci des alpes des séries au nombre de volume infini, au premier rang desquels trône Monster Allergy.
L’amateur de bande dessinée est généralement bien peu au fait de cette conquête lente mais inexorable, et c’est tout surpris qu’il trouvera sur les rayons de la Feltrinelli nombres de titres bien connu au pays des Bidochons. Il faut dire que ces volumes ne sont pas à proprement parler noyés dans la masse. N’importe quelle Fnac franco-française mettrait une honte monumentale aux plus grosses librairies italienne lorsqu’il s’agit de comparer la taille des rayons BD. Et oui, la taille ça compte. Difficile sinon de trouver de quoi se mettre sous la dent.
Il faut dire que dans l’imaginaire collectif transalpin, la bande dessinée est associée non pas à des mini révolutions culturelles comme Tintin et Asterix, mais aux bandes dessinées Disney comme les aventures de Mickey et Donald. Des bandes dessinées autrement plus nombreuses que ce que l’on peut imaginer, mais dont le nombre effarant n’est qu’une conséquence de la pauvreté scénaristique de ceux-ci. On concèdera tout de même un « oh » d’étonnement lorsque l’on découvre que tous les scénarios sont différents. On ne peut en revanche que rester abasourdi devant la considération dont jouissent ces bandes dessinées bas de gamme auprès de toutes les tranches de la population. La bande dessinée, c’est Disney, et c’est sympa. Et si vous vous aventurez sur ce terrain, vous verrez assez vite que la culture BD s’arrête à Dylan Dog, un feuilleton en noir et blanc dont le dessin et le format rappelle furieusement la masse incroyable de comics débarqués en France chez les éditions Lug entre 1950 et 1990. Le concept de roman graphique, pourtant inventé pour servir la promotion des albums de Pratt aux états unis n’a jamais fait le trajet dans le sens inverse, et s’il est possible de trouver du Marjane Satrapi sur les étagères de quelques bons libraires (les autres étant méchants) il est autrement plus dur de trouver des gens ayant lu les-dits album. Le pays ne manque ni d’auteurs de talents ni d’éditeurs bienveillants, mais dans l’esprit général la bande dessinée est un sous produit, très loin d’avoir gagné ses lettres de noblesses comme l’a fait la bande dessinée française.
Contrepartie : un volume coute 3,50€.
Oui, vous pouvez pleurer toutes les larmes de votre corps.
Une occasion en or pour les éditeurs franco-français qui feraient bien de se jeter sur les auteurs et dessinateurs qui lorgnent plus ou moins tous sur l’eldorado qui se trouve au delà des alpes. Deux business men véreux vont bien finir par s’en rendre compte, faisant du dessinateur italien l’équivalent du chinois pour le bâtiment : une main d’œuvre pas cher et efficace.
L’amateur franchouillard de BD de moins de 40 ans se délectera simplement de savoir que de l’autre coté des montagnes où l’on va faire du ski (ce qui exclu clairement l’Espagne) se trouve un monde où la bande dessinée est coincée dans les années 50 et serait bien inspiré d’y aller y faire un petit tour. Après tout il s’agit sans doute de l’unique occasion restante au public français de comprendre ce qui se passe dans la tête d’Alain Finkielkraut .