Le code de la route: cale à meuble ou recueil de blagues ?
Nous , français, vertueux, respectueux des lois, de la morale et du bon droit, avons tendance à considérer que pour eux, italiens, latins (un seul terme pour englober les idées de non respect des lois, de flemme, de chauvinisme exacerbé et de sang chaud) le code de la route n’est bon qu’à caler les meubles branlant que l’on ne manque pas de trouver dans un pays où le développement industriel s’est vraisemblablement arrêté il y a quelques dizaines d’années (qui a entendu parler des industries italiennes ?). Ce serait là faire une grosse erreur de jugement. Non seulement l’industrie italienne se porte bien, surtout en Italie, parce qu’il semblerait qu’en dehors des produits de luxe et de quelques tranches de jambon de Parme, le reste du monde préfère ne rien importer de la grande botte, mais surtout le code de la route ne sert pas à caler les meubles. Tout simplement parce qu’il ne s’agit que d’une vague abstraction, un mythe dont les gens ont entendu parler. Le code de la route italien, c’est un peu le Nécronomicon accompagné d’une vingtaine de pages blanches et d’un stylo. On en a entendu parler, on ne le cherche pas vraiment, et si on devait mettre la main dessus, on s’empresserait d’user du stylo pour rayer quelques passages fort incommodant et rajouter par la même occasion une ou deux règles dont le champ d’application se limite (suivant les cas) à sa seule petite personne ou au reste du monde sauf soi même.
Les voitures, prolongations des concours de bites pour l’adulte moyen, sont un sujet récurent. Et de la même manière que vous entendrez les lyonnais pester sur l’incapacité notoire des stéphanois à conduire autre chose qu’un char à bœuf, le rital ne se prive pas pour dire du mal de ses concitoyens, qui ont manifestement tous obtenus leur permis de conduire dans une pochette surprise. Ca flatte l’égo, ça fait rire l’auditoire, et ça permet d’avoir toujours un sujet de conversation. Du folklore, rien de plus. Là où cela devient intéressant pour le frenchy fraichement débarqué, et à plus forte raison si celui-ci est un fier détenteur du permis B version light appelé probatoire, c’est lorsque ces mêmes personnes se mettent à parler de la manière qu’ont leurs amis de conduire. La morale routière inculquée à grand coups de séries de 40 questions à choix multiples remplies de pièges malhonnêtes en prend un sacré coup.
Prenons un exemple garanti 100% du porc véritable, vécue par votre (pas vraiment) humble serviteur. Deux personnes négligemment installées dans un parc par un bel après midi d’un dimanche de printemps discutent de la manière de conduire d’un de leurs amis. Celui ci est réputé être un nerveux du volant, un excité du levier de vitesse et est célèbre pour son sang chaud qui a tendance à ne faire qu’un tour lorsqu’un malotru lui manque de respect sur la route. La réaction ne se fait généralement pas attendre : on monte à moitié sur le trottoir pour doubler par la droite, on zigzag entre deux voitures pour rattraper l’importun et le narguer en lui montrant qu’il ne sert à rien d’aller vite : forcer le passage et conduire comme un fou est une méthode bien plus efficace, surtout lorsque c’est fait à nonante kilomètres heures dans les rues de milan un vendredi soir à 10h. Cet ami, par ailleurs fort cordial, mesuré et agréable lorsqu’il a lâché le volant, commet en plus de ces atrocités considérées au plus comme des anecdotes amusante par les autochtones une infraction qui fait lever un sourcil même aux indigènes : il grille ici et là des feux rouges. Après quelques secondes de condamnation, les langues de vipères se rendent tout de même à l’évidence. Il n’a rien à voir avec ces sauvages de napolitains. La preuve : il ne le fait que tard le soir, et fait bien attention à vérifier à droite et à gauche qu’il n’y ait personne avant de passer à deux à l’heure (deux à l’heure étant un doux euphémisme signifiant « une vitesse inférieure à 70km/h »). Devant l’approbation générale, je ne peux m’empêcher d’ouvrir de grand yeux et de dévisager mes interlocuteurs, qui se reprennent vite et confirment qu’il s’agit tout de même d’un comportement stupide : avec ces salauds de carabinieri et leurs machines automatiques, ont risque toujours de prendre une amende. C’en était presque trop pour mon pauvre cerveau et mon sens rigoureux de la morale et de la bonne conduite. Malheureusement pour moi mes amis décidèrent de m’achever sans le savoir en déclarant en toute bonne foi que quand même, cet ami commun exagère, mais qu’on peut le comprendre. Par exemple, lorsque l’on prend 4 feux rouges de suite, on est tout à fait en droit de griller le cinquième. Il faudrait voir à ce que le code de la route n’entrave pas non plus la bonne marche des flux de véhicules, et surtout pas celle du mien.
Inutile de tenter de raisonner vos amis, dans les voitures desquelles vous seriez bien inspiré de ne jamais remonter, ils sont dans leur bon droit et leur logique prime sur toutes les lois. Il s’agit là d’une idée très forte chez les amateurs de lunettes énormes couplées au mini jupes en jean et aux bottines blanche a franges (la mode y a soit 30 ans d’avance, soit 30 ans de retard, au choix), et d’une idée défendue à grand coups d’une mauvaise foi sans limite aucune qui n’admet pas la contradiction.
Une petite pause de quelques semaines pendant laquelle vous éviterez soigneusement d’exposer vos si pures oreilles à l’atrocité que représente une telle discussion, et vous serez près à en absorber une autre couche, toute aussi intolérable, mais toute aussi divertissante. Celle ci porte sur l’alcool au volant. Peu importe le taux d’alcoolémie du conducteur, si lorsqu’il est a jeun il est persuadé d’être un bon conducteur, il se considérera seul apte à juger de sa capacité à conduire en état d’ébriété, le seuil fatidique étant atteint uniquement en cas de vomissement à répétition. En discuter le lendemain, libérés des effets de l’alcool ne change rien à l’affaire. La réponse est immanquablement la même : en ville, à 90 km/h, à 2h du matin un samedi où les rues sont (soit disant) complètement désertes, on ne risque rien. Et puis de toutes façons, on est beaucoup moins dangereux que celui qui prend l’autoroute dans les mêmes conditions, puisque celui ci risque fort de s’endormir. On croirait entendre un gamin de 10 ans qui expliquent sa faute à ses parents par un « je n’étais pas tout seul » couplé d’un « les autres ont fait pire ».
Il aura fallu 6 mois en Italie pour comprendre qu’il est possible, du moment que l’on reste sur le plan du comportement au volant, de trouver un sens presque acceptable au slogan « la France aux français ».
Conseil aux usagers : n’allez pas à Juan les Pins, les conducteurs d’Alpha Roméo y passent leurs WE.