Le doublage des films
S’il y a déjà de quoi haïr les supporters décérébrés que l’on trouve entre une écharpe colorée et un rosé à 50 centimes la bouteille, il y a de quoi vraiment perdre son sang froid devant les hordes de régionalistes qui vous expliqueront avec force arguments (n’oublions pas ici l’adage « des choses simples pour des gens simples ») que la Tarentaise vaut mieux que la Maurienne, que Toulouse est le tiers monde pour Bordeaux ou encore que la Bretagne est véritablement un lieu unique au monde et que la qualité de la vie comme de ses habitants y est la plus élevée de France. Trouvez un de ces énergumènes et il ne vous faudra pas plus de quelques phrases habilement placées pour tirer d’eux quelques heures de monologue dégoulinant de bêtise, d’hermétisme et d’une ouverture au reste du monde aussi large que le sphincter d’un constipé. Mais il faudra véritablement attendre de passer le Fréjus pour découvrir le véritable sens de chauvinisme.
Qu’on ne se méprenne pas. Les italiens sont généralement des gens très ouvert (à l’exception de tous les commerçants, dont la sympathie stagne désespérément au niveau de celle qu’inspire un vautour en train de dévorer un chaton). Toujours prêts à faire un effort lorsque vous leur parlez dans un italien très approximatif, intéressés par votre expérience en Italie, intéressés par ce que vous avez à raconter, même si cela doit prendre beaucoup de temps. Contrairement à ce que rencontrent nos amis étrangers en France, on ne se sent jamais malvenu. La chaleur méridionale n’est clairement pas un mythe, même si l’on est à milan. Mais si leur comportement vis à vis des étrangers est plus qu’honorable, il l’est beaucoup moins entre italiens.
Pour le tartineur de grogonzola, les étrangers se divisent en deux catégorie : les acceptables (avec des nuances : un américain ou un allemand est moins acceptable qu’un français ou qu’un espagnol) et les détestables. Cette dernière catégorie regroupe toutes les personnes nées en Italie à plus de 20 km du lieu de naissance de la personne qui porte le jugement. Chaque bled (et il y en a), aussi paumé soit-il, possède son patois et son accent particulier, et les autres patois et accents tapent sur les nerfs. Le sentiment d’appartenance a un lieu, qu’il soit celui de naissance ou d’adoption (ce dernier cas étant tout de même beaucoup plus rare) est de plus exacerbé par le sport national, qu’ils sont persuadés d’avoir inventé : le football, renommé « calcio ». Chose fort amusante, Milan fait presque exception à la règle. Les gens y viennent pour travailler ou étudier et rejettent en bloc la ville et ses habitants, jugés arrogants, pressés, détestables, impolis, inconsidérés, pourris par un mode de vie moins sain que celui que l’on trouve à —placez ici le lieu de naissance/adoption de votre interlocuteur. Cela donne lieu à des discussions souvent surréalistes, dans lesquelles des personnes étant en journée des automobilistes pestant sur la nullité et la lenteur de tous les conducteurs du dimanche encombrant les rues du milan se retrouvent à vous expliquer à quel point il est agréable de trouver à Palerme des gens qui s’arrêtent en plein milieu d’une rue à sens unique très étroite pour aller prendre un café, ne revenant en moins de 30 minutes que s’ils entendent un conducteur mécontent, et ne revenant pas pour déplacer la voiture mais pour proposer a la personne coincée derrière de venir prendre un café ensemble. Inutile d’essayer de parler du fait qu’on a un comportement sensiblement différent lorsque l’on doit aller au travail et lorsque l’on est en vacances « au pays » : Palerme, c’est mieux que Milan, point final.
D’une manière générale, le lieu d’origine est merveilleux et le reste du monde un cran en dessous. Le point de référence change suivant les interlocuteurs et la distance les séparant : ville, région ou pays. On ne passe cependant jamais au point de se considérer véritablement européen, il faudrait voir à ne pas mettre les bons œufs italiens et les infamies portugaises dans un même panier. Avec un étranger, même si l’on peut reconnaître ici et là les bons cotés de telle ou telle ville, on n’oublie jamais que l’Italie est de toute façon une exception culturelle. Oui, ce sont les mêmes mots que l’on utilise en France. Comme quoi le régionalisme, le chauvinisme et le patriotisme ont encore de beaux jours devant eux. Mais revenons à nos moutons, et au sujet pour lequel tout ce qui est écrit ci dessus n’est qu’une introduction : le doublage des films.
Les italiens doublent les films. Tous. Systématiquement. Et c’est moche.