Maillot de santé
Certes, les ray-baneux ont inventé les toilettes et l’eau courante il y a quelques 2500 ans de cela. Certes, 2000 ans plus tard, la crème de la crème du gratin français, en la personne de sa (courte) majesté Louis XIV, allait déféquer derrière les rideaux. Mais les choses ont bien changé, nous l’avons déjà évoqué. Nous avons inventé le bidet, puis nous l’avons délaissé, préférant les douches hebdomadaires et le doux contact du papier toilette (en cas de pénurie d’oisillon duveteux) sur nos séants aux joies des jets décapants l’arrière train et le plaisir de partager sa couche avec la crasse accumulée au cours des deux derniers jours. Mais il reste encore nombre de points en matière de règle élémentaire de santé publique ou nous aurions bien à apprendre.
Prenons par exemple, et tout à fait au hasard, le cas du maillot de santé. Le maillot de santé est au torse ce que le boxer est a l’arrière train : un sous vêtement chargé de procurer un certain confort, de constituer un rempart de douceur entre les parties sensibles et l’aridité du jean et bien entendu de protéger ce même jean de la transpiration (pour ne rien dire d’autre). Un concept fort louable qui ne se rencontre que trop peu dans nos vertes contrées (le maillot de santé, pas le boxer).
Las, lorsque nos amis plombiers à moustache, chemise rouge et salopette bleue ont du choisir le vêtement qui serait dédié à cet usage, ils ont tenu compte de l’aspect esthétique. Les demoiselles ont ainsi de sympathiques débardeurs blancs, et les demoiseaux ont, eux, de moins sympathiques débardeurs blancs. Des marcels. Le T-Shirt de coton aurait sans aucun doute été un excellent choix, mais il présente un énorme désavantage : il ne laisse pas le champ libre aux moumoutes de poitrines qu’arborent fièrement les mâles du pays derrière leurs chemises largement ouvertes. Le choix s’est donc porté vers le marcel, haut représentant d’une mode séculaire, dont les top-models s’affichent tous les après midi de 13h à 17h en terrasse de bar, un pastis entre les mains, zieutant habillement l’intense partie se disputant sur le boulodrome de la place de l’église. Dans le cas de l’Italie, remplacez le pastis par une bière et le boulodrome par une télé quelconque branchée sur un match de foot.
Haut les cœurs mes amis ! Car ces marcels, objets de bon goût s’il en est, se pavanent à tous les coins de rue sous les chemises fabriquées en chine dans un atelier dont les directives sont clairement « plus fin le tissu, plus fin ! », nous laissant ainsi le plaisir incommensurable de pouvoir contempler ces pièces de tissus transformant n’importe quel homme du monde en gros beauf, à plus forte raison si celui ci est doté de deux magnifiques auréoles sous les aisselles, chose fort courante dans un pays où le soleil est aussi ardent qu’un Bali Balo en rut.
Le maillot de santé, ou comment transformer une bonne idée en une calamité visuelle.