Où il est question de panse de brebis farcie et de macramé.
Si les latins sont considérés comme des gens plus chaleureux, ça n’est pas seulement parce que leur langue, pleine d’accents toniques, est plus souvent criée que parlée et qu’ils ont beaucoup moins de retenue lorsqu’ils s’expriment avec des inconnus. C’est aussi parce que le langage oral est souligné par un langage corporel, tout aussi fourni. Que les italiens parlent avec les mains, c’est un fait établi et reconnu. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas de gestes désordonnés tenant plus de l’expression animale que d’une extension du langage. Parler avec les mains est un art, chaque geste ayant une signification bien précise. On peut sans exagérer dire qu’un tiers du message est charrié par la gestuelle qui accompagne les paroles. Une manière de communiquer parfaitement assimilée par les italiens, mais bien souvent obscure pour le touriste français. Ce n’est qu’après avoir lu un ou deux articles bien documenté que l’on arrivera à décoder cette seconde couche de langage. Parmi tous ces gestes convoyant un idée, il en est un totalement dépourvu de sens : attraper quelqu’un par les bras. Cela ne sert à rien d’autre qu’à créer un climat de confiance entre les deux protagonistes, et d’une manière plus fourbe, à empêcher son interlocuteur de tourner les talons et de s’échapper d’une conversation désagréable.
Un concept très bien compris et maîtrisé par la myriade de vendeurs ambulants que l’on trouve de part les rues. Ceux ci ont mis au point une technique renvoyant nos distributeurs de flyers, vendeurs à la sauvette et autres plaies (dé)ambulantes au simple rang d’amateurs. Là où nos VPP(Vendeurs Porte à Porte) se contentent de sonner et de s’en retourner marris lorsqu’il sont éconduit, leurs VR (Vendeurs de Rue) vous tendent la main, soit disant pour vous souhaiter le bonjour, alors qu’en vérité ce n’est pas une amitié fugace qu’ils vous proposent, mais un piège vieux comme le monde. Une fois le doigt dans l’engrenage de cette machinerie maléfique, vous ne vous en sortirez pas en moins de 10 minutes sans haussez la ton. Baisser les yeux, éviter le regard, tirer une gueule de trois pieds de long ou accélérer le pas ne change rien à l’affaire. Quand on a une tête de pigeon, on a une tête de pigeon. Le touriste ou le nouveau venu au pays du gorgonzola ne pourra même pas faire jouer la carte de l’imbécile qui ne comprends rien à ce qu’on lui raconte puisque son interlocuteur parle lui aussi italien comme une vache espagnole dont la langue maternelle serait une adaptation cambodgienne de l’arabe. Le barrière de la langue ne joue pas ici, tout se fait par onomatopées, regards et signes.
Ce n’est qu’après de longues années d’entraînement, passées au Japon pour écrire la langue, en Russie à savoir faire de la gymnastique et en Angleterre à manger la panse de brebis farcie que vous aussi vous saurez afficher une mine parfaitement patibulaire vous permettant d’éviter la spirale infernale de la vente de briquets, colliers de perles plastiques et autres lunettes fluorescentes.