Panino, Panino
Dans la tête du français sûr de sa culture (et donc de sa supériorité sur l’américain moyen, qui lui, rappelons-le, en est totalement dépourvu), la cuisine italienne se résume aux pâtes, aux pizza, et à tous les aliment finissant par -i ou -o, ou n’importe quelle consonance vraisemblablement étrangère et probablement italienne, puisqu’il est bien connu qu’en dehors de la France (et dans une moindre mesure l’Italie) gastronomie rime avec viande bouillie et bonne franquette avec fricassée de roupettes. Un nombre considérable de mes concitoyens n’hésitera d’ailleurs pas une seconde à classer en tant que spécialité italienne le Risotto (ils auront raison), les Bruschette (ils auront encore raison) et la Paella (ils se mettent le doigt dans l’oeil jusqu’au coude). C’est donc tout heureux qu’ils passent la frontière, pensant pouvoir déguster de délicieux panini les rares fois où ils n’iront pas s’installer à la terrasse d’un petit boui-boui si typique ayant oh-joie et oh-surprise, vue sur la piazza del campo de Sienne et une carte en italien/anglais/français. Le plaisir de ces sandwichs écrasés, servis bouillants et remplis d’ingrédients de premier choix mariant avec bonheur les saveur du sud, à grand renfort de mozzarelle, d’olives, d’aubergines et de tomates, le tout assaisonné d’une petite sauce elle aussi pleine de saveur, est incomparable avec celui de nos sandwichs à nous, bien français (quoique non défendu par Super Dupont) et d’une tristesse sans nom. La faute en revient sans doute au pain, celui utilisé étant clairement le fruit d’années de sélections faites de l’autre coté des alpes afin d’obtenir cette croûte croustillante et cette mie moelleuse juste comme il faut juste après le passage dans le grille pain géant.
Pensez donc à leur déception, lorsque, les papilles toutes émoustillées à l’idée de mordre à pleine dents dans un de ces délices tombés du ciel, ils s’apercevront que la sandwicherie devant laquelle ils se sont arrêté ose proposer des sandwich d’un quelconque navrant sous le nom tant adulé de Panini. Ils n’hésiterons d’ailleurs pas à raconter l’anecdote à leurs amis, lors de la traditionnelle (quoi qu’un peu désuète désormais) soirée diapositive.
Jamais l’idée que ces panini soient les vrais panini ne les effleurera. Jamais ils ne réaliseront que ces panini, qui sont peu ou prou la seule alternative valable en termes de goût et de quantité aux kebabs et qui pullulent tout autant, ne sont finalement que des incarnations de tous les clichés culinaires que l’ont peut avoir sur l’italie dans un seul sandwich, dont le pain est fabriqué à la chaîne et en tout point semblable aux baguettes précuites que l’on trouve en grande surface (et qui sont pour le français en pleine phase de retour à ses racines une aberration innommable), dont les ingrédients sont ceux que l’on trouve absolument partout chez nous et dont la cuisson est en tout point semblable à celle du croque monsieur. Jamais ils n’accepterons que les sandwichs quelconques et réchauffés qu’ils ont eu sous les yeux sont eux les véritables incarnations de la cuisine italienne.
Reste que les panini franco-français c’est bon, et que les panini italo-italien brie fondu et saucisson vaguement chaud c’est ignoble.