Boire un petit coup c’est agréable.

Aller dans un bar en France se résume bien souvent à la même expérience un peu triste dictée par le fantasme bourré de testostérone de la boisson d’homme, un ensemble composé de la seule bière (pas blanche, c’est pour les fillettes) en pintes (les demi c’est pour les impuissant) et le vitriol pomme-betterave qui rend les gens aveugles. On notera au passage l’absurdité qui classe la bière, boisson autrement plus proche de l’eau que de l’alcool, aux cotés des détergents titrant à 80% distillés dans des caves glauques à partir de tout ce qui est disponible dans un rayon de 100m autour de l’alambic. Des débouches chiottes consommés à prix d’or dans des troquets insalubres, le fait de boire dans un endroit classe étant assimilé à l’expression la plus claire de la petitesse de la virilité, le tout autour d’une table désespérément vide. Deux bols de cacahuètes traînent parfois sur un comptoir, soit disant pour accompagner la bière, bien plus probablement pour faire joli puisqu’après les crachats de vieux édentés saouls et les doigts de manoeuvres ayant traînés toute la sainte journée dans ces fameux bols, personne n’ose s’en approcher. L’alcool aidant, des défis naissent et c’est ainsi que ces verres se vident, et que les vendeurs de pastille contre les maux d’estomac font fortune.

Quand aux happy hour, leur concept est d’une platitude incommensurables. C’est dans le meilleur des cas l’occasion de boire une bière à moitié prix. Une manière comme une autre de remplir les bars entre 18 et 21h, mais dont la faiblesse de la formule laisse dubitatif.

Il faudra prendre le tunnel du Fréjus pour découvrir ce qu’aller dans un bar en fin d’après midi début de soirée veut dire. Outre la joie de pouvoir consommer sans honte dictée par des impératifs sociaux absurdes autre chose que de la bière, on constate avec plaisir que les barmans sont rompus à la confection de cocktails, qu’ils sont capables d’en citer une bonne vingtaine de mémoire et comble du raffinement qu’ils ne sont pas obtus au point de refuser toute commande non disponible sur la carte. Quand à la notion de boisson d’hommes, elle prend un sens tout relatif lorsque l’on est confronté à un Negroni, un cocktail composé de Gin (40%), Martini rouge (16%) et Campari (25%) dans des proportions égales, où un mojito (boisson qui se résume à rhum —beaucoup— menthe —beaucoup aussi— sucre et glace). Les tarifs de ces plaisirs alcoolisé fait honte à nos pinte de Kro pression, puisque l’on peut se les envoyer derrière la cravate pour 4€ l’un.

Et comble du plaisir, ces aperitivi (pluriel de aperitivo, tout comme panino est le singulier de panini), qui ne sont appelés Happy Hour que par des bars hype, proposent tous sans exception un buffet froid et chaud sur lequel se côtoient pâtes, pizza, fougasse, sandwich, salade et autres antipasti. Double avantage pour cette formule : d’un coté manger sur place à tendance à faire oublier l’heure et à la troisième tournée on commence à se contrefoutre du prix du cocktail, de l’autre le client s’en retourne la panse tendue et le foie imbibé.

Même le Georges 5 ne traite pas ses clients aussi bien.

Parce qu’il faut bien parler des pâtes.

Super Dupont vaincra, la nouille française vaincra.

Où il est question de panse de brebis farcie et de macramé.

Si les latins sont considérés comme des gens plus chaleureux, ça n’est pas seulement parce que leur langue, pleine d’accents toniques, est plus souvent criée que parlée et qu’ils ont beaucoup moins de retenue lorsqu’ils s’expriment avec des inconnus. C’est aussi parce que le langage oral est souligné par un langage corporel, tout aussi fourni. Que les italiens parlent avec les mains, c’est un fait établi et reconnu. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas de gestes désordonnés tenant plus de l’expression animale que d’une extension du langage. Parler avec les mains est un art, chaque geste ayant une signification bien précise. On peut sans exagérer dire qu’un tiers du message est charrié par la gestuelle qui accompagne les paroles. Une manière de communiquer parfaitement assimilée par les italiens, mais bien souvent obscure pour le touriste français. Ce n’est qu’après avoir lu un ou deux articles bien documenté que l’on arrivera à décoder cette seconde couche de langage. Parmi tous ces gestes convoyant un idée, il en est un totalement dépourvu de sens : attraper quelqu’un par les bras. Cela ne sert à rien d’autre qu’à créer un climat de confiance entre les deux protagonistes, et d’une manière plus fourbe, à empêcher son interlocuteur de tourner les talons et de s’échapper d’une conversation désagréable.

Un concept très bien compris et maîtrisé par la myriade de vendeurs ambulants que l’on trouve de part les rues. Ceux ci ont mis au point une technique renvoyant nos distributeurs de flyers, vendeurs à la sauvette et autres plaies (dé)ambulantes au simple rang d’amateurs. Là où nos VPP(Vendeurs Porte à Porte) se contentent de sonner et de s’en retourner marris lorsqu’il sont éconduit, leurs VR (Vendeurs de Rue) vous tendent la main, soit disant pour vous souhaiter le bonjour, alors qu’en vérité ce n’est pas une amitié fugace qu’ils vous proposent, mais un piège vieux comme le monde. Une fois le doigt dans l’engrenage de cette machinerie maléfique, vous ne vous en sortirez pas en moins de 10 minutes sans haussez la ton. Baisser les yeux, éviter le regard, tirer une gueule de trois pieds de long ou accélérer le pas ne change rien à l’affaire. Quand on a une tête de pigeon, on a une tête de pigeon. Le touriste ou le nouveau venu au pays du gorgonzola ne pourra même pas faire jouer la carte de l’imbécile qui ne comprends rien à ce qu’on lui raconte puisque son interlocuteur parle lui aussi italien comme une vache espagnole dont la langue maternelle serait une adaptation cambodgienne de l’arabe. Le barrière de la langue ne joue pas ici, tout se fait par onomatopées, regards et signes.

Ce n’est qu’après de longues années d’entraînement, passées au Japon pour écrire la langue, en Russie à savoir faire de la gymnastique et en Angleterre à manger la panse de brebis farcie que vous aussi vous saurez afficher une mine parfaitement patibulaire vous permettant d’éviter la spirale infernale de la vente de briquets, colliers de perles plastiques et autres lunettes fluorescentes.

L’anglais macaroni

Apprendre à parler italien, c’est aussi apprendre à parler anglais. Alors que nous nous flattons d’être les pires baragouineurs d’anglais, en tirant même une sorte de fierté, elle même basée sur l’idée que nous sommes naturellement peu enclins à la pratique des langues étrangères, idée stupide entre toutes qui se charge de fournir une justification à une paresse intellectuelle sans limite et une ouverture d’esprit digne d’une limace, il suffit de traverser les alpes pour découvrir des contrées aussi peu anglicisées que peuvent l’être le Larzac ou la Drôme. Demander en anglais à un autochtone dans la gare de Rome quel est le quai du train pour Sienne se résume bien vite à trois mots, train, Siena et where, qui sont tous sans exception en dehors du vocabulaire moyen, même Siena, qui, prononcé avec un accent franchouillard, est totalement incompréhensible pour le basané local. Que ce soit en dessous de la manche ou en dessous de la mer adriatique, l’anglais est une langue honnie, associée à des cours pénibles laborieusement suivi au collège et lycée. Heureusement pour nous autre français, la commission des néologismes se charge de traduire les mots anglais que nous avons tendance à utiliser à l’oral afin de préserver notre identité culturelle en épargnant l’intégrité de la langue. Cette commission extraordinaire, qui a commis les atrocité que sont l’ASFI  (acronyme de accès à l’internet sans fil) ou le mél pour remplacer respectivement le WiFi et l’e-mail, nous a aussi apporté nombre de traduction intelligentes, telles que sans fil pour wireless ou souris pour mouse. Les mots étant passés à travers les mailles du filet sont eux massacrés par une prononciation toute française, qui réduit le brainstorming à un concept difficile à articuler certes, mais qui ne dénature pas l’harmonie musicale de la phrase.

C’est donc évidemment plein de candeur que l’on va demander à se servir du topo pour accéder al disco duro esterno qui sera partagé via le wifi. Et c’est plein d’un mépris non contenu que l’interlocuteur éclatera de rire en vous reprenant et vous expliquant qu’il faut dire mouse, hard disk et wireless, le tout avec cet accent irrésistible qui fait de l’anglais macaroni une abomination rivalisant avec notre magnifique zi ende. Il est bien évidemment conseillé de contre attaquer en faisant remarquer le peu de précision des termes par rapport à leurs homologues anglais et en critiquant vivement l’accent italien.

En position d’infériorité numérique, il faudra pourtant battre en retraite, reculer pour mieux sauter. Car à la première occasion vous pourrez dégainer l’arme ultime, celle qui achèvera votre auditoire, tout persuadé qu’il est d’être dans le vrai. Cette occasion se présentera au détour des mots mac, jazz ou flash, prononcés respectivement mèc, djèz et flèche dans la grande botte.

Faites le remarquer, moquez vous, et installez vous confortablement pour apprécier l’étendue de la mauvaise foi déployée pour vous faire admettre qu’il s’agit là de prononciation fidèles, même si elles contredisent les écritures phonétiques de tous les dictionnaire anglais du monde.

Où il est question de trône et de pneumonie

Si vous avez eu le plaisir de côtoyer des amis transalpins ayant immigré en France, vous savez sans doute que ceux ci sont désespérés à l’idée de devoir utiliser des toilettes dépourvues de bidet. Invention française par excellence, le bidet sert principalement à se nettoyer de derrière après avoir coulé un bronze. Une pratique en soit très hygiénique, mais que l’on a bien vite abandonné en France lorsque l’on s’est aperçu qu’entre un cul un peu moins désinfecté et un un pantalon mouillé, on préférait le cul moins propre. Au moins on ne risque pas d’attraper une pneumonie en hiver après être allé aux toilettes. Autre avantage : en abandonnant cet ustensile disgracieux et encombrant, nous avons pu séparer les toilettes de la salle de bain. Chose fort pratique, surtout si un des membres de votre famille/foyer/collocation a la désagréable habitude de passer 20 minutes sur le trône à chaque fois. Un raffinement que nos amis transalpins ignorent royalement. On trouve cependant encore des bidets dans quelques maisons franchouillardes anciennes, mais plus personne ne s’en sert, si ce n’est pour se laver les pieds de temps à autre.

Or donc en Italie, le bidet est indissociable de la pause-pipi. Tellement indissociable que le papier hygiénique est relégué au simple rang de sèche-derrière. Et pour cet usage, nul besoin d’un papier de grande qualité. On remarquera par là même qu’il en est du rouleau de papier toilette comme des être vivants : le darwinisme de la nature à fait de celui que l’on trouve chez nous un parangon du raffinement alors que de l’autre coté des Alpes celui ci est réduit à sa plus simple expression.

Et croyez moi, pour des fesses habituées à du quadruple-épaisseur-molletonné-enduit-de-lait-hydratant, se torcher avec un papier italien est une épreuve saignante qui rappellera à nos anciens les toilettes au fond du jardin et le papier journal.

Imaginez maintenant le pauvre petit français perdu dans une grande surface italienne à la recherche d’un pack de qualité correct. Hélas celui ci s’en revient bredouille tant le choix est pauvre. En effet, le darwinisme évoqué plus haut est également mercantile et culturel. Quelques petites excursions aux Di Per Di, GS et Esselunga les plus proches confirment ce fait et permettent d’écrire cette magnifique équation :

Quelque soit la grande surface, en France ou en Italie, la somme du pourcentage de l’espace total dédié au papier toilette et de celui dédié aux pâtes est une constante.

Le marché

La grande distribution, c’est le mal. Tout le monde sait que le petit boucher propose de la meilleure viande que celui du Carouf local, sauf bien entendu quand il vous a pris en grippe. Tout le monde sait que le beurre de la crémière (voir l’argent du beurre et le cul de la crémière) sont meilleurs que ceux du Carouf local. Tout le monde sait que les fruits et légumes du maraîcher du coin sont meilleurs que ceux du Carouf local. Mais si l’on omet les aberrations que sont les personnages du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, les personnes qui ont systématiquement recours au petit commerçant sympathique qui les connaît si bien et qui propose toujours de si bon produits se comptent sur les doigts de deux mains de lépreux (ou bien sur les doigts d’une main d’habitant de Tchernobyl, c’est selon). Les autres eux se rendent dans ces temples de la consommation modernes que sont les Carouf. Des hectares tout entiers dédiés à la consommation de masse, des rayons ne traitant que du fromage râpé, des vendeurs tout concentrés sur l’étiquetage des oeufs et des centaines de milliers de clients qui déambulent, caddie au poing, à la recherche de la bonne affaire, en repartant toujours avec le même panier.

Las, pouvoir trouver sous un même toit du détergent extra-puissant débouche toilette, une poêle en fonte, du saucisson et des caleçons DIM est toujours du domaine du délire le plus total au pays où le nombre d’église par habitant vaut celui du nombre de mouton par habitant en nouvelle zélande. Le pays tout entier semble pris dans une sorte de rêve Jack Langiste, où les lois visant à la sauvegarde du petit commerce ne seraient pas concentrées sur le seul domaine du livre, mais sur tous les domaines, et ne seraient pas proclamées par une assemblées, mais acceptées par tous comme allant de soi. La viande s’achète chez le boucher, le papier à la papeterie, les fruits et légumes chez le maraîcher et les ballons de baudruche chez les négoces de farces et attrapes. Les grandes surfaces n’ont de grandes que le nom, et la supérette U fait déjà office de basilique dédiée au dieu Pouvoir d’Achat. Revers de la médaille, chacun est libre de pratiquer les tarifs qui lui chantent. Faire un marché, activité prisée entre toutes par tout italien respectueux des traditions et attentifs à ce qu’il achète, peut tourner au drame. Une longue préparation mentale, un apprentissage long et pénible des prix de tout ce qui peut se trouver et des études poussées sur la qualité des produits sont trois points clefs dans la quête du panier non percé. En l’absence de grandes enseignent se livrant une guerre des prix, ne pas se faire arnaquer par le premier bleu venu est un sacerdoce.

Un sacerdoce teinté d’authenticité, avec un arrière goût vieille France qui se marrie fort bien avec ces commerces de proximité.

Italie, paradis poujadiste.

Où il est question d’Adam et de pâté.

Le septième jour, ayant vu que ce qu’il avait fait était bon, Dieu se reposa. Et un petit plaisantin (Adam sans doute, dans la mesure où il n’y avait personne d’autre) un brin sadique se mis à sa place pour jouer avec les ficelle de la création divine. Après avoir dessiné des obscénités sur les murs des grottes de Lascaux (vites effacées par Dieu, qui tenait à ce que ça fasse vrai : il ne faut pas oublier que les peintures murales et leur datation au carbone 14 ne sont là que pour nous faire croire que le monde a plus de 6000 alors qu’en fait, et bien non.) celui ci se mit à réfléchir un peu plus histoire d’instaurer un peu de sadisme et d’illogisme dans le monde où allait vivre ses descendants. Parmi ses grandes trouvailles sadiques, on trouvera donc l’emballage à vraie-fausse ouverture facile, le stylo publicitaire qui encombre et qui n’écrit plus après deux semaines mais que l’on garde toujours, les bouteilles de shampooing non faites pour être posées sur le capuchon et le point qui nous intéresse ici : le savoir vivre. Cet ensemble de règles à cela de formidable qu’il ne répond à aucune logique. Et si la plupart de ces règles sont rentrées dans l’inconscient de tout un chacun, certaines d’entre elles sont beaucoup plus dures à faire accepter aux masses. En faire découvrir une nouvelle à un troupeau d’ignorants vous vaudra à coup sûr des yeux ronds, puis une franche rigolade de la part de ces malapris, persuadés que vous vous moquez d’eux, et une fois la surprise passé, le couple remarque/question assassin : c’est absurde et pourquoi ?

Chose étonnante, ces barbares que l’on trouve de part et d’autre des Apennins connaissent eux aussi le savoir vivre, sous le nom de Galateo ou de Bon Ton. Dans un soucis d’affabilité, nous ne ferons pas ici de commentaire sur le fait que ces impolis méditerranéens aient besoin d’un mot français pour désigner les bonnes manières. Le Galateo semble contient sensiblement les mêmes choses que sont équivalent français. Il lui manque cependant certaines choses, au premier rang desquelles siège le comportement adapté lorsque l’on traite de fromages.

Il semblerait que les italiens sachent comment découper un fromage. Suivant la forme, la manière d’entamer un morceau de fromage n’est pas la même. Vous n’ignorez sans doute pas que s’attaquer tête baisser à la pointe d’un délicieux St Nectaire est un crime. Et c’est de manière totalement inconsciente que vous prendrez une tranche latérale, préservant ainsi la divine forme de cet aliment exceptionnel. Une fois votre portion prélevée, vous la mettez dans votre assiette et utilisez un couteau pour venir déposer délicatement l’objet de votre convoitise sur un morceau de pain à la mie pleine et aérée, tenant le tout par la croûte dorée et croustillante, vous préparant ainsi à savourer un des plus grands plaisirs culinaires de tous les temps.

Les italiens n’ignorent pas ce plaisir, ce qui les différencie très clairement de l’animal. Eux même possèdent une longue tradition boulangère et fromagère. Mis à part le parmesan, ingrédient de tout premier plat (primo piatto, constitué de pâtes ou de riz), et la mozarella, qui se mange seule, à peine relevée d’un filet d’huile d’olive et de sel, les fromages italiens sont généralement consommé comme nous le faisons. Il semblerait pourtant qu’en dépit de la présence de fromage à pâte cuite et à pâte crue traditionnels, les italiens soient très friands de fromage à tartiner. Nous avons le Saint Morêt et la vache qui rit (dans un seul et même sac), ils ont le stracchino et le philadelphia. Seule différence : eux les mangent. Et en mangent même beaucoup. Leurs fromages véritables (qui sont eux plus véritables que leur beurre) coûtent un oeil de la tête (d’une manière général, les italiens sont radins : quelque chose coûte un oeil de la tête et non pas les deux et on ne termine pas une lettre amicale par bisous mais par un bisou) et sont comparativement peu achetés. Las, ce fait entraîne chez nos lointain cousins une dégénérescence gravissime.

Tous les fromages, pour peu qu’ils n’aient pas la consistance du pneu, sont tartinés.

Tous.

Même un camembert amoureusement rapporté de notre belle contrée.

Pire encore : ces barbares n’hésitent pas à le tartiner sûr une couche de pâté déposée auparavant auparavant sur un tranche de pain de mie.

La civilisation se résume parfois à une simple expression : un pas en avant, deux pas en arrière.

Où il est question de Prius et d’HLM.

L’homme moderne n’est pas seulement riche, beau, habillé par Boss et bronzé a l’UV en boite. L’homme moderne est écolo-bobo. Rien de mieux pour se constituer une image d’éco-citoyen responsable, bien dans sa peau, bien dans sa ville et bien dans sa planète qu’une Prius flambant neuve. A mi chemin entre le SUV et le char à boeuf, ce magnifique véhicule permet d’exhiber ses convictions toutes fraîches sans pour autant renoncer ni au luxe d’une voiture de haut standing ni au plaisir de traîner ici et là le signe extérieur de richesse qui constitue avec la  présence (ou non) d’une piscine olympique en intérieur le marqueur social ultime.

Les italiens eux, s’en contrefichent comme de leur première cuite au champagne-qui-n’en-est-pas-nom-de-dieu-ça-s’appelle-un-mousseux. Lancés à toutes berzingue dans les rues manifestement trop petites pour accueillir deux trottoirs, deux files de voitures garées dans un sens et dans l’autre, des abrutis garés en double file et d’autres fous furieux qui vont et viennent, ils accélèrent, pilent, ré-accélèrent et jurent (ce qui n’augmente pas la consommation du moteur - un mal pour un bien). L’écolo en herbe plein de bonne volonté voulant utiliser un vélo dans une rue non piétonne en sera pour ses frais, et c’est tout échaudé qu’il ira prendre les transports en commun.

Il découvrira alors un monde merveilleux.

Pour le français moyen, le transport en commun est une invention formidable, mais entre les grêves, les 3 bus par jour pour peu que l’on ne soit pas dans en centre ville, le prix du ticket ou de l’abonnement et l’impossibilité de sortir le soir si l’on compte sur le bon vouloir de la RATP ou des TCL, on comprend sans mal qu’il finisse par adopter le velov (ou le velib pour nos amis parisiens qui tous bouffis d’orgueil ignorent que le reste du monde est bien souvent en avance sur eux) ou plus pragmatiquement la voiture. Il lui faudra mettre un pied de l’autre coté de la frontière, précisément au pays de l’enfer motorisé pour découvrir ce que service veut dire.

Ce n’est que lorsqu’on se risque à faire la comparaison que l’on se rend compte que nos services de transports publics ont du être pensés par deux stagiaires ronds comme des barriques. Il est évident que le bus, qui est le transport en commun permettant d’arriver en bas de chez soi (tout le monde n’habite pas au dessus d’une bouche de métro) doit finir son service après le métro qui lui désert de grandes zones. Il est également évident que le bus n’est pas le parent pauvre du métro ou du tram et qu’il doit lui aussi proposer des fréquences de passage élevées. Il est tout autant évident que ce n’est pas en faisant payer 1.5€ le ticket de bus (tarif parisien - finalement il reste des domaines dans lesquels ils ont de l’avance) que ce moyen de transport va se démocratiser. Et pour finir, le service de transport ne doit pas s’arrêter à 21h, bloquant ainsi le prolétaire dans son HLM chaque soirée, le forçant à s’avachir devant la télé, contribuant ainsi à l’abrutissement des masses.

Nos amis italiens ont concrétisé ces évidences malheureusement réduites au simple statut de délire d’utopiste dans nos vertes contrées.

Et cerise sur le tiramisu, les grèves, même si elles sont fréquentes, ne durent pas plus de 3 jours et sont levées aux heures de pointes.

Baignant dans tant de félicité mobile, l’usager vole sur son petit nuage. La chute n’en sera que plus dure quand il découvrira que le site de l’ATM (la RATP milanaise) ne propose pas de plan des lignes superposé à une carte de la ville, l’empêchant ainsi de s’y retrouver dans cette fourmilière, ni de plan global du réseau, ni de carte des correspondances, que la recherche de trajet ne fonctionne (et c’est un grand mot) quant à elle que pour les trajets intra-muros, laissant dans le flou total la périphérie et que les bus n’ont pas placardés sur leurs parois internes le plan de la ligne.

D’une manière générale, les mangeurs de mozarella sont pétris de bonnes intention. Ils ont une véritable volonté d’organiser les choses de manière simple et intelligente. Mais on ne bride pas si facilement des siècles de système D. Le bus n’en est qu’un exemple, à ranger à coté des files d’attentes, astucieusement remplacée dans les postes, hôpitaux et administration diverses par des salles d’attente avec de très nombreux sièges et un système de ticket et de tableau d’affichage permettant de savoir quand il faut se lever et quel sera le temps d’attente. Un autre système merveilleux, en panne une fois sur deux.

L’enfer est pavé de bonne intentions, et l’Italie est pavée de bonne intentions. Par la magie du sophisme transformant Socrate en chat, nous déduisons que l’Italie, c’est l’enfer.

PS: depuis l’écriture de cet article il y a un an et demi, le site de l’ATM est devenu fonctionnel.

Mc Do’ et l’antiaméricanisme

Tout bouffis de notre exception culturelle, nous pensons rester dans le monde le fleuron de la lutte contre l’américanisme. Notre hypocrisie sans fond nous permet donc de boire de la main gauche un excellent Frappuccino chez Starbucks et de signer de la main droite une pétition contre la mondialisation qui cause des ravage chez le petit commerce. La mondialisation étant bien entendue non pas représentée par Danone ou Carrefour mais bien par ces entreprises obèses qui passent leur temps à racheter les autres et à faire produire en chine par des enfants tout en sous payant les employés dans le monde civilisé que sont en vrac, Nike, McDonald et d’autres-dont-j’ai-le-nom-sur-le-bout-de-la-langue-mais-ça-ne-sort-pas-enfin-des-grosses-boites-américaines-quoi.

La bêtise congénitale des anti-américanistes ayant été pointée du doigt avec force subtilité, passons au fait intéressant : les exportateurs de pizzaiolo sont tout aussi bêtes. L’axe du mal y est également incarné par le pays des obèses et son leader* joui d’une cote de popularité aussi haute que le fond de la tombe où ils voudraient le jeter, et avec lui toutes les choses avec lesquelles il vient souiller la pureté intrinsèque du vieux continent, sauf peut être le Coca Cola (c’est bon). Et les baskets (c’est classe). Et les films (c’est bien sympa). Et la musique (ça s’écoute bien). Et le plan Marshall. Mais à part ces petites choses, tout est à jeter.

Reste que dans notre beau pays, le plus beau du monde, le plus visité, notamment par les américains, tout aussi détestables que les autres touristes mais un peu plus du fait de leur nationalité et ce en dépit de l’argent qu’ils laissent aux bistrots de 3ème classe de Paris pris par mégarde pour des incarnations du petit monde d’Amélie Poulain, les produits américains, ça ne prend pas. Ou en tout cas beaucoup moins que dans le reste du monde puisque nous sommes manifestement les seuls à posséder encore une conscience globale.

Les bistrotiers des années 50 ont beau avoir fait rentrer dans l’inconscient collectif que le coca sert à nettoyer les bijoux et à nettoyer les toilettes dans le seul but de soutenir la consommation de ricard au comptoir, il s’en vend et s’en boit chaque jour dans l’hexagone des hectolitres. Et nous avons beau nous flatter de résister mieux que quiconque au soit disant invincible rouleau compresseur du consumérisme à l’américaine, McDonald se targue de servir chaque jour 1.2 millions de client franchouillards.

Contre 600 000 dans la grande botte.

Pan ! Dans les dents.

* lors de l’écriture de cet article, Bush était encore président des Etats Unis. Et GM encore une entreprise privée.

Hadopi et son tribunal “impartial”


Tribunal ''Impartial'' de l'HADOPI
envoyé par MadlyMad. - Plus de vidéos fun.

Il ne reste plus à la loi qu’à passer l’étape du Conseil Constitutionnel pour être définitivement adoptée. Ce qui risque fortement d’arriver, à priori.

Sinon, le prochain petit projet à venir et à surveiller est “LOPPSI”, censé permettre de mieux lutter contre la pédophilie sur le net en mettant en place un vrai filtrage cette fois, j’en reparlerais surement…

Quelqu’un à dit “Cassos” ?

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